Axel Chay, le design méditerranéen
Avec un univers où se mêlent couleurs éclatantes, formes tubulaires et courbes enjouées, Axel Chay réinvente le design contemporain avec une touche pop et ludique. Son travail, à la fois sculptural et dynamique, puise son inspiration dans l’énergie du Sud et l’audace du mouvement Memphis, tout en y intégrant une touche méditerranéenne chaleureuse et généreuse. Le métal, matériau phare de ses créations, est un hommage à l’héritage familial : son frère et son père, artisans de ce matériau noble, lui ont transmis cette passion qu’il sublime aujourd’hui à travers des pièces d’éclairage et des objets du quotidien.
Ses collaborations emblématiques, comme celles avec Monoprix, Pranier ou encore Jeuneau, révèlent son talent pour transformer l’ordinaire en extraordinaire. Mais c’est peut-être dans ses projets familiaux, menés aux côtés de sa femme et de son frère, que son approche créative prend tout son sens : un mélange d’audace, de tradition et de joie pure, qui donne naissance à des pièces uniques, aussi fonctionnelles qu’émouvantes.
Warren et Laetitia, un duo coloré
Le duo développe un univers audacieux où la technologie rencontre l’engagement. Toutes leurs pièces prennent vie grâce à l’impression 3D, explorant des matériaux recyclés ou recyclables — du plastique issu d’emballages alimentaires aux bouteilles recyclé — pour transformer des ressources ordinaires en objets décoratifs singuliers. Produites en France ou en Europe, leurs créations colorées et pop jouent avec la transparence, la superposition et les effets de construction, presque comme des jeux d’assemblage régressifs et ludiques. Il y a quelque chose d’enfantin dans leur approche, mais toujours maîtrisé : une identité forte, des formes affirmées, et ces détails qui suffisent à métamorphoser l’atmosphère d’une pièce. Ce que j’aime particulièrement, c’est leur manière de superposer les couleurs, de faire dialoguer les teintes entre elles — une démarche qui résonne profondément avec mon propre univers. Leur travail prouve qu’une matière recyclée, souvent éloignée de son usage initial, peut devenir désirable, expressive, et radicalement contemporaine. Une approche originale et inspirante… qui me donne envie, un jour peut-être, d’imaginer une collaboration lorsque mon style sera pleinement affirmé.
Ce que je retiens pour mon propre travail. D’abord, la superposition des couleurs : cette manière de faire vibrer les teintes entre elles, que j’aimerais transposer dans ma propre palette. Ensuite, le jeu de formes — créer une pièce forte, assumée, qui structure une pièce par sa présence. J’admire aussi leur utilisation assumée de l’impression 3D, non pas comme simple outil technique, mais comme véritable langage formel. Leur capacité à utiliser une matière recyclée, souvent peu associée à l’objet décoratif, pour en faire un élément désirable et original m’inspire profondément. Cela me rappelle que l’innovation peut naître du détournement et que l’identité d’un designer se construit aussi dans ces choix radicaux.
Jos van Roosmalen,
Jos van Roosmalen est un designer industriel émergent basé à Rotterdam, aux Pays-Bas. Son travail s’inscrit dans une approche à la fois fonctionnelle et ludique, où la simplicité d’usage occupe une place centrale. À travers des formes épurées et l’utilisation de couleurs primaires, il conçoit des objets accessibles à tous, pensés pour s’intégrer naturellement dans le quotidien. Spécialisé notamment dans le design de luminaires, il développe des pièces où la lumière devient un élément à la fois pratique et expressif, traduisant une vision contemporaine du design industriel.
Ce que j’en retire, c’est l’efficacité des formes: simples et lisibles. Son design démontre qu’un objet peut être à la fois fonctionnel, ludique et immédiatement compréhensible, sans complexité superflue. Cette approche rend les pièces accessibles et, dans une certaine mesure, reproductibles dans une démarche d’aménagement intérieur — même si certains modèles plus sculpturaux restent techniquement exigeants. Les lignes épurées et les couleurs franches me semblent particulièrement adaptées à des univers comme une chambre d’enfant ou un espace extérieur. Des modèles comme la lampe Extrude ou Ami illustrent bien cette capacité à créer des objets à la fois expressifs et intégrables dans des environnements variés, tout en conservant une forte identité visuelle.
Haruka Mitani, la veritable justesse
Le travail de Haruka Mitani est, à mes yeux, une véritable leçon de justesse. Il est rempli de bon sens, d’ingéniosité et de ludique, tout en restant d’une grande sobriété. J’aime cette manière d’enlever le superflu jusqu’à ne garder que l’essentiel. C’est précisément à ce moment-là que l’on reconnaît l’expertise : quand la forme est juste, le mot est juste, sans excès. On a souvent tendance à ajouter, encore et encore, par peur de passer à côté — alors que son travail démontre que la simplicité peut être le sommet de la réussite. Less is more.
Son projet Eatool en est un exemple parfait : ingénieux, clair, limpide. La forme est exactement adaptée à la fonction. Cette intelligence formelle est aussi écologique : aucune perte, aucune matière superflue. Simplifier et aller à l’essentiel définissent profondément sa démarche.
L’écologie traverse également son travail, notamment à travers des collaborations avec Coca-Cola autour du recyclage, ou encore ses recherches artistiques à partir de plastiques collectés sur les plages. Elle transforme ces déchets en objets poétiques et esthétiques, les valorise et leur redonne du sens. Il y a dans cette approche une forme d’engagement — peut-être même militante — mais toujours portée par le jeu, l’interaction et une dimension presque narrative. Certaines pièces, comme le tapis hoop being, qui devient un véritable “animal de compagnie”, incarnent cette capacité à créer du lien émotionnel entre l’objet et l’usager. Le repas, la vaisselle, les gestes du quotidien sont aussi au cœur de ses explorations.
Ce que je retiens pour mon propre travail de décoratrice d’intérieur va au-delà de l’esthétique. Ce que j’admire profondément, et que je retrouve souvent dans la culture japonaise, c’est tout le travail en amont : la réflexion, l’optimisation, la recherche de l’essence. Concevoir en retirant plutôt qu’en ajoutant. Clarifier plutôt que surcharger. Cette rigueur dans la pensée me parle énormément.
En revanche, là où j’y ajoute ma propre patte, c’est dans l’expression esthétique : la sobriété pure ne me représente pas totalement. J’y intègre davantage de texture, de couleur ( avec parcimonie), de matériaux. Mais je conserve cette quête d’essentiel.
Et surtout, je retiens la dimension ludique et interactive. En décoration, cela se traduit par la mise en valeur des objets dans l’espace de manière à donner envie d’interagir avec eux. Un intérieur ne doit pas être figé : il doit inviter au geste, au toucher, à l’appropriation. Créer un décor vivant, où les habitants ont envie de manipuler, d’utiliser, de déplacer — presque de jouer.
Si je ne devais retenir qu’une seule designer parmi celles qui m’inspirent, même si mon cœur serait tenté de mettre en lumière une créatrice française, ce serait elle. Son travail est remarquable, profondément intelligent et, selon moi, extrêmement prometteur.