Vincent Van Duysen
Ce que j’admire chez Vincent Van Duysen, c’est la clarté presque radicale de ses formes.
Rien n’est décoratif. Rien n’est superflu. Chaque ligne est assumée, chaque volume est maîtrisé.
Son architecture est brute, géométrique, structurée — mais jamais froide au sens vide. Elle est froide et limpide comme une évidence. Elle impose un cadre clair, presque rigide, dans lequel la matière devient langage.
Béton, bois, acier, verre : il joue avec les contrastes entre rigide et transparent, dense et léger. Le noir et blanc dominent, les couleurs restent sobres, presque industrielles. Ce dépouillement crée une tension subtile entre force architecturale et silence intérieur.
Ce que cela m’enseigne dans mon travail, c’est la puissance d’une structure lisible.
Un espace trop chargé disperse l’énergie.
Un espace clair recentre.
Repenser un lieu, c’est parfois enlever. Simplifier. Redonner à la géométrie sa fonction première : soutenir.
Chez mes clients, cela se traduit par des aménagements où la matière devient ancrage. Des volumes qui rassurent. Des lignes qui guident. Un cadre net qui permet à la vie de s’y déployer sans confusion.
Car lorsque l’environnement est limpide, les décisions le deviennent aussi.
Et un lieu bien structuré peut devenir le socle d’une transformation personnelle.
Luis Barragán
Avec Luis Barragán, la structure devient émotion.
Ses formes sont simples — carrés, rectangles, lignes franches. Peu d’arrondis, peu d’objets. L’espace est volontairement dépouillé. Et pourtant, rien n’est neutre.
Chez lui, la forme est mise en valeur par la couleur.
Et la couleur devient architecture.
Rose intense, orange vibrant, ocre profond… Les teintes sont franches, assumées, presque méditatives. Elles ne décorent pas : elles structurent. Elles dialoguent entre elles par contraste, créant une tension subtile entre plein et vide.
Barragán joue avec l’accumulation de plein et le vide.
Un mur saturé face à un espace vide.
Une surface colorée contre une ombre dense.
Un volume plein face à une ouverture silencieuse.
Ce jeu entre plein et vide crée un rythme.
Une respiration.
Ce que je retiens de son approche, c’est que l’espace n’a pas besoin d’objets pour exister. Il a besoin d’intention.
Lorsque la couleur est choisie avec justesse, elle devient un outil puissant pour révéler une forme, soutenir une énergie, provoquer une émotion.
Dans mon travail, cela m’inspire à prioriser les “choix forts” plutôt que l’accumulation.
Un mur peut suffire à transformer un lieu.
Une couleur peut soutenir une phase de vie.
Car parfois, pour avancer, il ne faut pas ajouter.
Il faut affirmer.
Kengo Kuma
Chez Kengo Kuma, l’architecture ne s’impose pas. Elle s’efface.
Ses lignes deviennent organiques, parfois courbes, toujours pensées comme un prolongement du paysage. Là où certains construisent pour marquer le territoire, lui construit pour s’y intégrer. Le bâtiment ne domine pas la nature : il fait corps avec elle.
Bois, pierre, fibres naturelles… Les matériaux sont choisis pour leur finesse et leur capacité à dialoguer avec l’environnement. La transparence est sobre, délicate. Les volumes cherchent à être les plus plats, les plus discrets possible, comme s’ils voulaient se fondre dans l’horizon.
Il y a chez lui une forme de luxe silencieux.
Un luxe qui ne crie pas.
Un luxe qui respire.
L’élégance vient de la retenue. De la précision. De l’attention portée à la lumière qui traverse, aux ombres qui glissent, aux textures qui captent le regard sans l’agresser.
Ce que cela m’enseigne dans mon approche, c’est que l’espace peut devenir un prolongement du corps.
Lorsque l’intérieur dialogue avec l’extérieur, lorsque la transparence est pensée avec justesse, le lieu cesse d’être une frontière. Il devient une continuité.
Dans les projets que j’accompagne, cela se traduit par une recherche d’harmonie : ouvrir les perspectives, laisser entrer le vivant, alléger les volumes, privilégier des matières naturelles qui apaisent.
Car un espace intégré à son environnement permet à ceux qui l’habitent de se sentir eux aussi intégrés, alignés, à leur juste place.
Peter Zumthor
Peter Zumthor incarne pour moi l’architecture lente.
Une architecture qui prend le temps d’écouter le lieu, d’observer l’existant, de comprendre ce qui était là avant. Il ne cherche pas à effacer l’histoire — il la révèle. Comme lorsqu’il met en valeur des ruines, des traces anciennes, des structures oubliées, et leur redonne une présence presque sacrée.
Son approche est profondément artisanale. On sent chez lui le geste de l’ébéniste : la précision, la patience, le respect absolu de la matière. Bois, pierre, béton brut… rien n’est choisi au hasard. Chaque matériau est travaillé pour exprimer sa vérité.
Les formes sont nettes, franches, sans artifices.
Le brut et la simplicité devient intense.
Ce que j’admire particulièrement, c’est sa capacité à créer des vues cadrées sur la nature. Jamais spectaculaires. Toujours justes. La fenêtre devient un tableau vivant. L’extérieur n’est pas décoratif : il est intégré à l’expérience du lieu.
Zumthor m’enseigne que la matière n’est pas un habillage.
Elle est l’âme du projet.
Dans mon travail, cela me pousse à valoriser l’existant plutôt qu’à le masquer. À comprendre la structure initiale d’un lieu avant de vouloir la transformer. À choisir des matériaux qui vieillissent bien, qui racontent une histoire, qui ancrent.
Car un espace qui respecte son passé offre une stabilité profonde à ceux qui y vivent.
Et cette stabilité devient une base solide pour construire l’avenir.
Olson Kundig – et Tom Kundig
Je crois que ce sont eux qui font le plus chavirer mon cœur.
Leurs maisons semblent surgir au cœur même de la nature — au fond des bois, au bord d’un lac, au milieu d’un paysage brut. Toits plats, lignes franches, cabanes réinventées. Bois massif, métal, acier patiné. Des matériaux durs, assumés, presque industriels.
Et pourtant…
Cette dureté dialogue avec la douceur du paysage. Avec la lumière du matin sur l’eau. Avec le vent dans les arbres. Avec l’art souvent intégré à l’architecture.
Il y a chez eux un contraste puissant :
la rigidité du métal face à la fluidité de la nature.
la densité des volumes face à l’immensité du paysage.
Et ce contraste subjugue.
Je me suis souvent demandé si ces maisons — souvent secondaires, refuges, maisons de lac — n’étaient pas pensées pour adoucir ceux qui y arrivent.
Des personnes parfois tendues par la vie active, le stress, la suractivité.
Comme si l’architecture servait de transition entre un monde exigeant et un espace ressource.
Leur approche est aussi ludique.
Une roue mécanique pour ouvrir une façade.
Un panneau mobile immense.
Parfois même un toboggan.
L’architecture devient vivante. Presque interactive.
L’intérieur est souvent sombre, enveloppant, pour mieux cadrer la vue vers l’extérieur. La nature devient le point focal. La maison n’est plus un objet à admirer : elle est un outil pour se reconnecter.
C’est un esprit de cabane sophistiquée.
Un camping version glamping.
Un refuge contemporain.
Ce que cela m’inspire dans mon travail, c’est l’idée qu’un lieu peut servir à couper. À ralentir. À revenir à l’essentiel.
Créer des espaces qui ne stimulent pas davantage — mais qui apaisent.
Des maisons ressources.
Des lieux de communion entre intérieur et extérieur.
Parce que parfois, pour retrouver de la douceur, il faut d’abord un cadre fort.
Sou Fujimoto
Avec Sou Fujimoto, l’architecture redevient un jeu.
Un jeu de construction, presque enfantin dans son apparente simplicité, mais profondément conceptuel. Il balaie les formes archétypales de la maison traditionnelle. Il déconstruit nos repères européens, nos codes établis de circulation, de séparation, d’usage.
Chez lui, les murs ne sont plus toujours des limites.
Les étages ne sont plus strictement hiérarchisés.
Les espaces ne sont pas figés dans une fonction unique.
Il joue avec le plein et le vide comme s’il composait une partition. Des structures fines, aériennes, souvent blanches, d’une pureté presque abstraite. Le blanc devient lumière. Le vide devient potentiel.
La transparence est omniprésente.
On voit à travers.
On circule librement.
On habite différemment.
Ce que j’admire particulièrement, c’est sa manière de repenser le mode d’utilisation de l’espace de vie. Il propose une autre façon d’habiter. Moins compartimentée. Moins rigide. Plus évolutive.
Ses projets questionnent nos habitudes :
Pourquoi une pièce devrait-elle avoir une seule fonction ?
Pourquoi séparer strictement intérieur et extérieur ?
Pourquoi habiter toujours de la même manière ?
Dans mon travail, cela m’inspire à ne jamais considérer un plan comme définitif. À envisager un lieu comme un système vivant, capable d’évoluer avec la personne qui l’habite.
Car nos objectifs changent. Nos rythmes changent. Nos besoins changent.
L’espace, lui aussi, peut s’adapter.
Fujimoto me rappelle que l’architecture n’est pas seulement structure ou matière :
c’est une liberté.